Tim Kearney, un marine désabusé et endetté, se retrouve dans une prison mexicaine sans véritable issue. La DEA lui propose un marché : usurper l'identité de Bobby Z, un baron de la drogue légendaire qui vient de mourir en prison, pour être échangé contre un agent des forces de l'ordre retenu en otage par un cartel. La mission devait être simple, mais l'entourage de Bobby Z — ses ennemis, ses alliés et surtout son fils — va compliquer dangereusement cette imposture. Un thriller d'action efficace avec une distribution inattendue qui offre à Paul Walker un rôle plus dramatique que ses habituelles productions.
Kill Bobby Z est adapté du roman policier The Death and Life of Bobby Z de Don Winslow, auteur américain spécialiste des romans noirs sur les cartels de la drogue et les flics des deux côtés de la frontière mexicaine. Winslow, qui allait plus tard signer la saga Le Cartel (The Power of the Dog), avait construit un roman d'action efficace et cynique sur le monde des trafiquants californiens et mexicains, avec un héros aussi peu héroïque que possible — un homme ordinaire contraint de jouer un rôle qui le dépasse. John Herzfeld, dont la filmographie mêle productions télévisuelles et thrillers de genre, a adapté le roman en conservant l'essentiel de sa structure tout en amplifiant les séquences d'action. Le casting de Paul Walker — alors en pleine ascension grâce à la saga Fast and Furious — dans un rôle plus grave et plus sobre que d'habitude témoignait d'une volonté de diversifier son image. La participation de Laurence Fishburne et Bruce Willis, même dans des rôles secondaires, donnait au film une légitimité et une visibilité supplémentaires.
Résumé des critiques professionnelles : Kill Bobby Z a reçu des critiques mitigées à négatives, les journalistes estimant que le film ne parvenait pas à tirer pleinement parti du matériau original de Don Winslow et que la mise en scène de Herzfeld manquait de personnalité pour se distinguer dans un genre très compétitif. Paul Walker a été reconnu pour un effort dramatique sincère, mais le film dans son ensemble a été jugé trop conventionnel pour marquer les esprits.
Réception du public : Le film a réalisé un résultat modeste, sa distribution en salle ayant été limitée avant une carrière principalement en vidéo. Les fans de Paul Walker et de thrillers d'action ont constitué son principal public.
Récompenses obtenues : Kill Bobby Z n'a pas été distingué lors des cérémonies cinématographiques.
Inspirations du réalisateur : John Herzfeld s'est inspiré du roman de Don Winslow et de son atmosphère particulière — cette Californie méridionale où la frontière mexicaine est une réalité aussi physique que mentale — pour ancrer le film dans un territoire américain peu représenté par le cinéma mainstream.
Difficultés de production : La production a cherché à recréer l'atmosphère des zones frontières entre la Californie et le Mexique avec un budget limité, ce qui a nécessité des choix de décors et de photographie qui donnaient au film sa texture particulière de western contemporain.
Kill Bobby Z explore la figure de l'imposteur contraint — un homme ordinaire qui doit incarner une légende criminelle et qui découvre ce que signifie devenir quelqu'un d'autre. La paternité de substitution — Tim qui développe une relation avec le fils de Bobby Z — est le fil émotionnel le plus inattendu du film et sa dimension la plus humaniste. La corruption des institutions — la DEA qui utilise un civil comme monnaie d'échange sans vraiment se soucier de sa survie — questionne la fiabilité de ceux censés représenter la loi. La loyauté envers un enfant comme seule boussole morale dans un monde de trahisons est le message le plus solide du film.
La résolution de Kill Bobby Z suit la logique du thriller d'action : Tim parvient à survivre à une situation qui devait le tuer, à neutraliser les menaces qui pesaient sur lui et le garçon, et à trouver une sorte de liberté improbable au-delà de la mission qui lui avait été confiée. Cette fin relativement optimiste dit que même dans un système conçu pour broyer les individus ordinaires, il y a des espaces de résistance et de survie pour ceux qui refusent de jouer le rôle qu'on leur a assigné.
Kill Bobby Z est un titre délibérément provocateur qui résume la mission principale du film — il faut tuer Bobby Z, ou du moins faire croire qu'il est mort — tout en posant immédiatement la question de l'identité : qui est Bobby Z, et que se passe-t-il quand quelqu'un prend sa place ? Ce titre dit l'essence du film : une mission d'usurpation d'identité qui va beaucoup plus loin que ce que ses commanditaires avaient prévu.
Kill Bobby Z est surtout regardé aujourd'hui à travers le prisme de la filmographie de Paul Walker, décédé en novembre 2013. Le film témoigne de sa volonté de diversifier ses rôles au-delà de la saga Fast and Furious, une ambition que sa disparition prématurée a empêché de voir s'épanouir pleinement. Don Winslow, l'auteur du roman original, est depuis devenu l'un des romanciers de crime les plus célébrés du monde grâce à sa trilogie sur le cartel mexicain.
Kill Bobby Z dialogue avec d'autres adaptations de Don Winslow — Savages (2012) d'Oliver Stone — pour l'univers des cartels frontaliers californo-mexicains. The Mexican (2001) de Gore Verbinski partage la même atmosphère de thriller désinvolte sur fond de cartel. Pour les films de Paul Walker dans un registre plus dramatique, Joy Ride (2001) ou Running Scared (2006) sont des alternatives intéressantes. No Country for Old Men (2007) est la référence absolue du thriller de frontière mexicaine de la même époque.