Eve Polastri, agente de renseignement britannique au quotidien plutôt terne, se retrouve chargée de traquer Villanelle, une tueuse à gages aussi douée que fantasque qui multiplie les assassinats à travers l'Europe. Cette chasse à l'homme improbable se transforme peu à peu en une obsession réciproque entre les deux femmes, chacune fascinée par l'autre au point de brouiller la frontière entre traque et attirance. Autour d'elles, Carolyn Martens, responsable énigmatique du renseignement britannique, tire les fils d'une affaire bien plus vaste que ne le pense Eve. Entre Londres, Paris, Berlin et la Roumanie, la série mêle humour noir, tension d'espionnage et étude de caractère.
Killing Eve est adaptée des novellas Codename Villanelle de l'écrivain britannique Luke Jennings, dont les droits ont été acquis dès 2014 par la productrice Sally Woodward Gentle, séduite par une approche du personnage de tueuse à gages qu'elle jugeait fraîche, intelligente et bien plus audacieuse que d'autres récits similaires. C'est le succès de la série Fleabag qui a convaincu la chaîne BBC America de confier l'écriture de la première saison à Phoebe Waller-Bridge, jugée idéale pour apporter à ce thriller d'espionnage une tonalité inattendue, mêlant humour noir et tension dramatique. Plusieurs personnages du roman original, notamment Carolyn Martens et Elena Felton, étaient des hommes dans les livres de Jennings avant d'être transformés en personnages féminins pour la série, un choix assumé dès le développement du projet. Chaque saison suivante a ensuite été confiée à une nouvelle showrunneuse différente, Emerald Fennell puis Suzanne Heathcote et enfin Laura Neal, un principe de renouvellement pensé dès l'origine de la série.
La première saison de Killing Eve a été accueillie avec un enthousiasme quasi unanime par la critique internationale, saluée pour son ton singulier mêlant thriller d'espionnage classique et comédie noire assumée. De nombreux observateurs ont souligné combien le choix de deux personnages principaux féminins renouvelait un genre traditionnellement très masculin, tout en offrant à Sandra Oh un rôle marquant son grand retour en tête d'affiche depuis son départ de Grey's Anatomy. La performance de Jodie Comer dans le rôle de Villanelle a également été largement célébrée comme une révélation, contribuant fortement à faire de la série un phénomène critique. Le public a plébiscité la série dès sa première saison, la relation ambiguë entre Eve et Villanelle devenant rapidement un objet de fascination pour les spectateurs, portée par la alchimie entre Sandra Oh et Jodie Comer. Si l'enthousiasme est resté fort tout au long de la diffusion, une partie des spectateurs a constaté une érosion progressive de la qualité au fil des saisons suivantes, notamment après le départ de Phoebe Waller-Bridge de l'écriture.
Dans le roman original de Luke Jennings, les personnages de Carolyn Martens et d'Elena Felton étaient des hommes : leur transposition en personnages féminins a nécessité, selon Phoebe Waller-Bridge, de vaincre certaines réticences internes lors du développement, un producteur ayant notamment fait remarquer qu'il ne pouvait pas y avoir « trop de femmes » dans le casting principal. Le tournage de la première saison s'est déplacé entre Londres, Paris, Berlin, la Toscane et la Roumanie, un éclatement géographique voulu pour ancrer la traque de Villanelle dans une véritable dimension européenne.
Killing Eve explore l'obsession mutuelle entre une chasseuse et sa proie, brouillant volontairement les repères moraux habituels du genre du thriller d'espionnage. La série interroge aussi la place des femmes dans des récits traditionnellement masculins, ainsi que la frustration et le désir d'évasion d'une vie trop encadrée, incarnés par le personnage d'Eve, en miroir de la liberté amorale de Villanelle.
Le titre Killing Eve joue sur une ambiguïté volontaire, laissant planer le doute sur la question de savoir si Eve est celle qui traque une tueuse, celle qui est menacée de mort, ou celle qui, métaphoriquement, se laisse peu à peu « tuer » par sa propre fascination pour Villanelle.
The Americans, Fleabag, La Femme Nikita