Dix ans après la disparition mystérieuse de son fils de six ans sur une plage des Landes, Elena vit et travaille désormais sur cette même côte. Sa vie figée dans le deuil bascule lorsqu'elle croise par hasard Jean, un adolescent français qui ressemble étrangement à son enfant disparu. Une relation ambiguë, intense et troublante s'installe alors entre la femme brisée et le jeune homme. Cette obsession naissante va susciter l'inquiétude et l'hostilité de leurs entourages respectifs.
Le long-métrage est le prolongement direct d'un court-métrage éponyme acclamé et nommé aux Oscars réalisé par Rodrigo Sorogoyen en 2017. L'idée originale est née d'un exercice de pure tension dramatique : un appel téléphonique paniqué entre une mère et son fils perdu. Le cinéaste a voulu explorer l'après-coup de ce drame absolu, se demandant comment une mère survit dix ans plus tard à une telle absence. L'inspiration s'est nourrie de drames réels liés à des disparitions d'enfants jamais élucidées sur les côtes européennes.
La presse internationale a été subjuguée par l'audace formelle du film, la mise en scène hypnotique et la performance habitée de Marta Nieto. Les critiques ont loué le refus du thriller classique au profit d'une œuvre psychologique complexe et d'une infinie délicatesse. Le public s'est montré profondément remué par le climat de tension sourde et l'ambiguïté constante des relations humaines décrites. Bien que déroutant pour ceux qui attendaient une enquête policière traditionnelle, le film a fasciné les cinéphiles. Marta Nieto a reçu le prix de la meilleure actrice dans la section Orizzonti au Festival de Venise.
Le réalisateur s'est inspiré des paysages sauvages et mélancoliques des plages landaises en hiver pour refléter la solitude de son héroïne. La production a utilisé de longs plans-séquences techniquement complexes pour immerger le spectateur dans le flux émotionnel des personnages. Une scène de tension sur la plage entre Elena et les parents du jeune homme a demandé de nombreuses prises pour trouver le ton juste. Le jeune acteur français Jules Porier a été choisi pour son regard magnétique et sa maturité dramatique.
Le film explore le deuil impossible, le transfert affectif obsessionnel, la reconstruction psychologique et la frontière ténue entre amour maternel et trouble amoureux.
La fin épurée montreElena qui parvient enfin à dire adieu au fantôme de son fils à travers l'apaisement de sa relation avec Jean.
Le titre espagnol signifie simplement "Mère", plaçant la condition maternelle absolue et douloureuse au centre névralgique de toute l'œuvre.
Ce film a définitivement installé Rodrigo Sorogoyen parmi les cinéastes espagnols majeurs et les plus virtuoses de sa génération.
Que Dieu nous pardonne, El Reino, Under the Sand, L'Absence.