Victor Bogomil, douze ans, vit seul avec son grand-père Joseph, gardien d'un immeuble cossu, depuis la mort de ses parents. Doté d'une imagination débordante, il passe son temps à inventer de fausses alertes, faisant intervenir tour à tour pompiers et policiers pour des incidents imaginaires. Lassé par ses mensonges à répétition, l'entourage de Victor finit par ne plus croire un mot de ce qu'il raconte. Le jour où de véritables malfaiteurs s'introduisent réellement dans l'immeuble et prennent son grand-père en otage, Victor va devoir se débrouiller seul pour les arrêter, car plus personne ne veut l'écouter.
Quand on crie au loup constitue la deuxième réalisation de Marilou Berry après Joséphine s'arrondit sorti quelques années plus tôt. Le projet n'est pas tiré d'un livre précis, mais s'inspire directement de la fable populaire du garçon qui criait au loup, revisitée ici dans un cadre urbain contemporain. Marilou Berry a souhaité renouer avec l'esprit des films d'aventure familiaux qui l'ont marquée durant son enfance, citant volontiers Les Goonies, E.T. ou encore Big comme influences revendiquées. Elle a notamment puisé son inspiration dans l'univers de Roald Dahl pour donner au scénario une dimension plus burlesque, punchy et colorée, tout en assumant une tonalité parfois plus sombre que prévu. Coscénariste du film, la réalisatrice a fait le choix de rendre son jeune héros orphelin et de le faire vivre seul avec son grand-père, estimant que cette fragilité renforçait l'enjeu dramatique de l'histoire. Elle a affirmé regretter que ce type de cinéma familial, mêlant aventure, humour et émotion, ait été largement abandonné par la production anglo-saxonne, d'où sa volonté de proposer une alternative française au genre.
La presse spécialisée a réservé un accueil très mitigé au film, lui reprochant un scénario peu cohérent et un mélange des genres difficile à équilibrer entre comédie familiale et thriller. Le magazine Première a notamment estimé que l'équilibre entre comédie et polar ne tenait pas la distance sur la durée du film. Les Inrockuptibles ont quant à eux jugé le film paresseux dans son traitement, lui reprochant de sous-estimer l'intelligence de son jeune public. Le film a obtenu une note moyenne particulièrement faible auprès des principaux agrégateurs de critiques presse français.
Le public ne s'est pas non plus déplacé en masse pour découvrir le film, qui a connu une exploitation commerciale très décevante avec moins de trente mille entrées comptabilisées en France. Dès sa première journée d'exploitation, le film n'a réuni qu'un nombre très limité de spectateurs, ce qui a rapidement confirmé son statut d'échec commercial. Cet accueil tiède contraste avec les ambitions familiales et grand public affichées par la réalisatrice lors de la promotion du film. Quand on crie au loup figure ainsi parmi les déceptions commerciales notables du cinéma français de cette année-là.
Marilou Berry a expliqué avoir voulu retrouver, à travers ce film, l'émerveillement qu'elle ressentait enfant devant les grandes productions d'aventure familiales américaines des années 1980, qu'elle juge aujourd'hui trop rares dans le paysage cinématographique contemporain.
Le film aborde avant tout la solitude de l'enfance et le besoin d'attention qui pousse parfois les plus jeunes à inventer des histoires pour exister aux yeux des adultes. Le mensonge et ses conséquences occupent une place centrale, le film illustrant à travers la fable initiale combien l'accumulation de fausses alertes peut rendre aveugle au véritable danger lorsqu'il survient enfin. Le deuil et l'absence des parents, suggérés par la situation de Victor élevé par son seul grand-père, traversent également le récit en filigrane. La solidarité intergénérationnelle, incarnée par la relation tendre entre Victor et Joseph, constitue un autre axe important du film. Enfin, le passage à l'autonomie et le courage de l'enfant face à l'adversité, lorsqu'il doit affronter seul de véritables criminels, donnent au récit sa dimension d'aventure initiatique.
Sans dévoiler tous les rebondissements, le film se conclut par la confrontation entre le jeune Victor et les véritables braqueurs venus se réfugier dans l'immeuble après un casse raté. Comprenant qu'il ne peut compter sur personne d'autre que lui-même, l'enfant utilise son sens de l'observation et son imagination débordante pour déjouer les plans des malfaiteurs et protéger son grand-père retenu en otage. La résolution finale renverse ainsi le défaut initial du personnage, sa propension au mensonge devenant paradoxalement la ressource qui lui permet de s'en sortir, grâce à sa créativité et son sens de la ruse. Le film referme la boucle de la fable originelle en montrant que Victor, confronté à un vrai danger, parvient finalement à regagner la confiance de son entourage par ses actes plutôt que par ses paroles.
Le titre du film renvoie directement à l'expression populaire crier au loup, elle-même issue de la célèbre fable où un jeune berger s'amuse à alerter ses voisins d'un danger imaginaire, jusqu'au jour où personne ne le croit alors qu'un vrai loup menace son troupeau. Ce titre annonce ainsi d'emblée le ressort principal de l'intrigue, le jeune Victor multipliant les fausses alertes jusqu'à ce que plus personne ne prenne au sérieux ses appels à l'aide, précisément au moment où un danger réel survient. En reprenant cette morale ancienne dans un cadre urbain contemporain, le film actualise une leçon intemporelle sur la confiance et la crédibilité, tout en lui donnant une tournure plus ludique et aventureuse.
Les spectateurs ayant apprécié ce mélange d'aventure et de comédie familiale pourront se tourner vers Maman, j'ai manqué l'avion, qui partage avec le film de Marilou Berry l'idée d'un enfant livré à lui-même devant des cambrioleurs. Les Goonies, référence explicite citée par la réalisatrice elle-même, demeure également une parenté évidente dans l'esprit d'aventure rocambolesque destiné à toute la famille. Plus proche du cinéma français, Le Petit Nicolas partage avec ce film le goût pour l'imagination débordante d'un enfant confronté au monde des adultes.