Hollywood, 1947. Eddie Valiant est un détective privé alcoolique et bougon qui hait les «Tooniville» — les personnages animés — depuis la mort de son frère aux mains d'un cartoon. Quand il est engagé pour surveiller la femme de Roger Rabbit, star des studios Maroon, il se retrouve mêlé à un meurtre et à une conspiration impliquant la ville fictive de Tooniville et les terrains de Los Angeles que convoite un mystérieux «Juge Doom». Eddie va devoir surmonter sa phobie des Toons pour sauver Roger Rabbit et révéler la vérité sur le complot.
Qui veut la peau de Roger Rabbit est librement adapté du roman «Who Censored Roger Rabbit» de Gary K. Wolf, publié en 1981. Le roman utilisait le même principe de coexistence entre humains et personnages de bandes dessinées, mais dans un cadre assez différent du film. Le projet d'adaptation a été lancé par Steven Spielberg (producteur exécutif) après qu'il ait rencontré Robert Zemeckis — qui venait de terminer Retour vers le futur — et considéré que sa maîtrise technique et sa vision créatrice étaient les seules capables de réaliser ce défi. La production a été une révolution technique : intégrer en temps réel des personnages animés dans des décors et avec des acteurs réels, en faisant interagir les deux mondes de façon convaincante, n'avait jamais été fait à cette échelle et avec cette qualité. Le tournage a duré deux ans et a impliqué des centaines de techniciens de l'animation de Richard Williams.
Résumé des critiques professionnelles : Qui veut la peau de Roger Rabbit a reçu une ovation critique à sa sortie, la presse le qualifiant de «miracle technique» et de «révolution du cinéma». La façon dont Zemeckis intégrait les personnages animés dans des décors réels — avec des ombres, des interactions physiques, des reflets — a été jugée sans précédent. Roger Ebert lui a accordé quatre étoiles.
Réception du public : Le film a rapporté 351 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 70 millions — un triomphe commercial qui a confirmé Zemeckis comme l'un des réalisateurs les plus bankables d'Hollywood. Il a été le deuxième plus grand succès de 1988, derrière Rain Man.
Récompenses obtenues : Roger Rabbit a remporté quatre Oscars techniques en 1989 : meilleur montage sonore, meilleur montage, meilleurs effets visuels et un Oscar spécial pour l'animation de Richard Williams — une récompense honorifique qui témoigne de la révolution technique accomplie.
Difficultés de production : La coordination entre les acteurs humains et les personnages animés était d'une complexité inouïe. Bob Hoskins devait interagir avec des personnages absents et imaginés — il devait ressentir des coups, tenir des objets et réagir à des présences qu'il ne verrait jamais sur le plateau. Il a décrit le tournage comme «la chose la plus difficile qu'il ait jamais faite».
Anecdote sur une scène particulière : La célèbre scène dans laquelle le Juge Doom révèle sa véritable identité est l'une des plus mémorables de l'histoire du film fantastique américain. Christopher Lloyd, qui jouait le rôle, a dû composer avec une voix et des expressions entièrement différentes pour incarner le villain transformé en Toon — une performance extrême qui a nécessité un travail intensif de voix et de physicalité.
Qui veut la peau de Roger Rabbit est une réflexion sur la coexistence et la ségrégation — les Toons et les humains vivent dans des quartiers séparés, et le film décrit avec un humour acide les préjugés et les discriminations qui en découlent. Ce sous-texte social, qui renvoie à la ségrégation raciale de l'Amérique des années 1940, donne au film une profondeur qui dépasse le pur divertissement. La nostalgie de l'âge d'or d'Hollywood est aussi un thème central — le film rend hommage aux cartoons classiques de Disney, Warner et MGM. Enfin, la rédemption par l'amitié — Eddie qui surmonte sa haine des Toons — est le fil émotionnel central.
La révélation que le Juge Doom est lui-même un Toon — le Toon qui a tué le frère d'Eddie — donne à l'antagoniste une dimension tragique et ironique : le plus grand ennemi des Toons est l'un d'eux. Eddie parvient à le tuer grâce à «The Dip», l'arme anti-Toon que Doom lui-même avait créée. La fin voit Tooniville sauvée, Roger et Jessica réunis, et Eddie réconcilié avec son passé. La dernière image — les Toons sortant en masse pour célébrer leur victoire — est un hommage joyeux à toute l'histoire du cartoon américain.
Qui veut la peau de Roger Rabbit est la traduction du titre original Who Framed Roger Rabbit — littéralement «qui a tendu un piège à Roger Rabbit». «To frame» signifie en anglais «piéger quelqu'un en lui attribuant un crime qu'il n'a pas commis» — ce qui est exactement ce qui arrive à Roger dans le film. Le titre français a choisi une traduction différente qui insiste sur le danger physique plutôt que sur l'aspect juridique, perdant ainsi la subtilité du titre original.
La bande originale de Qui veut la peau de Roger Rabbit est signée par Alan Silvestri, compositeur habituel de Robert Zemeckis avec qui il a collaboré depuis Retour vers le futur (1985). Silvestri a composé une musique de film noir des années 1940 reconvertie en partition de cartoon — cuivres qui swinguent, cordes qui s'envolent, percussions effrénées. La musique accompagne parfaitement la double nature du film, à la fois polar adulte et cartoon enfantin, en maintenant un équilibre tonique entre les deux registres.
Qui veut la peau de Roger Rabbit reste une référence technique et artistique absolue dans l'histoire du cinéma, régulièrement cité dans les cours de production cinématographique. Une suite est régulièrement évoquée par Robert Zemeckis et Steven Spielberg, mais les négociations complexes entre les différents ayant-droits des personnages Toons ont jusqu'ici empêché tout développement concret. Disponible en VOD et sur Disney+.
Qui veut la peau de Roger Rabbit est une œuvre unique dans son genre. Pour les films mélangeant animation et prises de vues réelles, Mary Poppins (1964) de Robert Stevenson ou Space Jam (1996) jouent dans des registres comparables. Dans la filmographie de Zemeckis, Retour vers le futur (1985) partage la même inventivité technique au service d'une comédie populaire. Les films noirs des années 40 comme Chinatown (1974) de Polanski nourrissent l'esthétique et l'intrigue du film.