Devenu aveugle dès l'âge de sept ans, Ray Charles Robinson grandit sous l'éducation stricte d'une mère déterminée à faire de lui un homme autonome, capable de se débrouiller seul en toutes circonstances. Repéré très jeune pour son immense talent musical, il quitte sa Floride natale pour Seattle où il entame une carrière de pianiste qui le mènera au sommet de la scène musicale américaine. Mais cette ascension fulgurante s'accompagne d'une lourde dépendance à l'héroïne et d'une culpabilité tenace liée à la noyade de son jeune frère, dont il fut témoin impuissant durant son enfance.
Taylor Hackford portait le projet de ce biopic consacré à Ray Charles depuis quinze ans avant de parvenir à le concrétiser, cherchant durant toutes ces années l'interprète capable d'incarner à la fois la musique et la complexité psychologique du chanteur. Ray Charles lui-même a personnellement approuvé le choix de Jamie Foxx après une longue séance d'improvisation au piano durant laquelle l'acteur est parvenu à suivre le musicien sur des morceaux de Thelonious Monk. Le scénario de James L. White s'appuie sur l'histoire personnelle de Ray Charles, qui a pu lire le script en braille et donner son accord avant sa mort, survenue quelques mois avant la sortie du film.
Le film reçoit un accueil globalement favorable de la critique, unanimement saluée pour la performance habitée de Jamie Foxx, qui semble selon plusieurs observateurs ne pas se contenter d'imiter Ray Charles mais littéralement l'incarner. Certains critiques plus réservés reprochent au film un classicisme narratif conventionnel, jalonné de flashbacks sur les traumatismes d'enfance jugés un peu appuyés, ainsi qu'une durée excessive au regard de la période couverte. La place accordée à la musique de Ray Charles, avec de nombreux morceaux interprétés dans leur intégralité, est en revanche saluée comme l'un des grands atouts du film. Le public se montre très enthousiaste, séduit par la reconstitution musicale minutieuse et par la prestation exceptionnelle de Jamie Foxx. Jamie Foxx a remporté l'Oscar du meilleur acteur en 2005, ainsi que le Golden Globe, le BAFTA et le Screen Actors Guild Award du meilleur acteur pour ce même rôle.
Jamie Foxx, pianiste lui-même formé dès l'enfance, a dû apprendre à reproduire fidèlement le jeu et la gestuelle si particuliers de Ray Charles au clavier, un travail préparatoire minutieux salué par la critique. Ray Charles s'était toujours opposé à un biopic qui n'évoquerait que les aspects les plus flatteurs de sa vie, déclarant peu avant sa mort que Taylor Hackford s'était solidement documenté et avait fidèlement couvert les épreuves traversées durant sa jeunesse.
Le film explore le dépassement du handicap par la détermination et le talent musical, l'addiction à la drogue comme échappatoire à la culpabilité, l'engagement pour les droits civiques dans l'Amérique ségréguée des années 1950 et 1960, ainsi que la culpabilité persistante liée à un traumatisme d'enfance jamais totalement surmonté.
Le titre, simplement le prénom de scène de Ray Charles Robinson, résume l'ambition du film : dresser le portrait intime de l'homme derrière la légende musicale, au-delà de la seule image publique du "Genius" que le grand public connaissait déjà.
La bande originale du film reprend l'intégralité des grands standards de Ray Charles interprétés en playback par Jamie Foxx sur les enregistrements originaux du chanteur, offrant une reconstitution musicale saluée comme l'un des grands atouts du film.
Walk the Line (2005, James Mangold), autre biopic musical consacré à Johnny Cash sorti l'année suivante, et What's Love Got to Do with It (1993, Brian Gibson), biopic consacré à Tina Turner.