Lisa Reisert, la jeune et efficace directrice d'un hôtel de luxe à Miami, prend un vol de nuit pour rentrer chez elle après les funérailles de sa grand-mère. À bord, elle se retrouve assise aux côtés de Jackson Rippner, un homme charmant rencontré brièvement à l'aéroport qui se révèle être un redoutable tueur à gages au service d'un groupe terroriste. Rippner lui annonce froidement qu'il retient son père en otage et qu'il l'exécutera au moindre geste suspect, exigeant d'elle qu'elle utilise ses fonctions pour changer la chambre d'un important politicien afin de faciliter son assassinat. Coincée à dix mille mètres d'altitude dans un huis clos terrifiant, Lisa va devoir déployer des trésors d'ingéniosité pour déjouer le complot sans condamner son père.
Le projet est né d'un scénario original particulièrement tendu écrit par Carl Ellsworth, qui souhaitait dépouiller le thriller hollywoodien traditionnel de ses artifices d'action pour se concentrer sur un duel psychologique pur, intime et claustrophobique entre deux passagers assis côte à côte dans un avion. Les studios DreamWorks ont immédiatement acheté le script, séduits par cette économie dramatique redoutable qui rappelle le cinéma d'Alfred Hitchcock. L'idée originelle a séduit le maître de l'épouvante Wes Craven, désireux de s'éloigner temporairement des films d'horreur fantastiques et des slashers adolescents pour prouver sa maîtrise du suspense psychologique réaliste à l'ancienne. L'inspiration du réalisateur est venue de la paranoïa moderne liée aux voyages aériens après le début des années deux mille, transformant un espace banal et quotidien en un piège mortel sans issue visible. Le développement du script s'est focalisé sur l'évolution morale de l'héroïne, passant du statut de victime terrorisée à celui de femme d'action combative prête à tout pour protéger les siens.
La critique professionnelle a accueilli le film avec un grand enthousiasme et une agréable surprise, saluant la mise en scène nerveuse, tendue et d'une efficacité clinique remarquable signée Wes Craven. Les journalistes ont été unanimes pour encenser la performance habitée et lumineuse de Rachel McAdams, qui apporte une vulnérabilité touchante et une force psychologique admirable à cette héroïne ordinaire. La prestation de Cillian Murphy, stupéfiant de froideur charismatique, de politesse sadique et de magnétisme menaçant dans le rôle du terroriste, a également fait l'objet d'éloges dithyrambiques de la presse spécialisée. Le long-métrage a été célébré comme l'un des thrillers les plus intelligents, les plus serrés et les plus réjouissants de l'année 2005.
Le grand public a réservé un accueil triomphal et particulièrement captivé à ce huis clos psychologique sous haute tension en salles, le bouche-à-oreille fonctionnant de manière exceptionnelle dès le premier week-end d'exploitation. Les spectateurs ont vibré d'angoisse au rythme des chuchotements menaçants du tueur et des tentatives désespérées de l'héroïne pour alerter l'équipage sans se faire repérer. Le film a réalisé de superbes scores au box-office international, rentabilisant très largement son budget de production modeste grâce à l'universalité de son suspense. L'œuvre s'est installée au fil des années comme une référence incontournable des thrillers d'action efficaces des années deux mille pour les amateurs de cinéma tendu.
Le long-métrage n'a pas glané de statuettes lors de la cérémonie des Oscars en raison de son ancrage très marqué dans le cinéma de genre populaire, mais a reçu plusieurs distinctions honorifiques notables lors des cérémonies récompensant le cinéma de suspense. Il a notamment été nommé dans plusieurs catégories majeures aux Saturn Awards de 2006, notamment celle du meilleur film d'action ou de suspense et celle de la meilleure actrice pour Rachel McAdams. Cillian Murphy a également reçu des nominations pour son interprétation terrifiante de méchant charismatique de l'année. Cette reconnaissance globale de l'industrie a validé la réussite du pari artistique de Wes Craven en dehors de sa zone de confort horrifique.
Wes Craven s'est grandement inspiré des techniques de cadrage serré du cinéma hitchcockien comme "Fenêtre sur cour" ou "Des individus dangereux" pour concevoir la charte visuelle étouffante de son film, choisissant d'utiliser des objectifs à focale courte pour maintenir le visage du tueur constamment menaçant au second plan de l'héroïne. Il a souhaité que les éclairages intérieurs de l'avion évoluent d'un bleu nocturne apaisant vers des teintes blafardes et froides pour refléter la montée de la terreur psychologique de Lisa. Son but était de faire ressentir la promiscuité insupportable d'un voisin de voyage malintentionné.
La production a été un défi technique intéressant pour les comédiens, le tournage des scènes intérieures s'étant déroulé presque intégralement à bord d'une réplique exacte et exiguë de cabine d'avion de ligne montée sur des vérins hydrauliques articulés en studio pour simuler de véritables turbulences d'une grande violence à l'écran. La principale difficulté consistait à filmer de longs blocs de dialogues murmurés à voix basse entre Rachel McAdams et Cillian Murphy tout en éliminant les bruits mécaniques parasites du plateau de tournage. Les deux acteurs principaux devaient passer des journées entières assis côte à côte sur des sièges inconfortables, ce qui a fini par créer une complicité de jeu et une tension dramatique authentiques devant l'objectif.
Une anecdote de tournage mémorable et douloureuse concerne la fameuse scène de combat dans les toilettes de l'avion, pour laquelle Cillian Murphy s'est tellement investi dans son action qu'il a accidentellement projeté la tête de Rachel McAdams contre la paroi en plastique du décor de manière un peu trop violente durant une prise, assommant brièvement la jeune actrice. Terrifié à l'idée d'avoir blessé sa partenaire, le comédien s'est confondu en excuses et a insisté pour placer un coussin de protection dissimulé sous ses vêtements pour les tentatives suivantes. Cet incident a renforcé la concentration des acteurs pour le reste des prises de vues physiques.
Le casting a fait l'objet d'un choix minutieux de la part de Wes Craven, qui a engagé Rachel McAdams immédiatement après l'avoir vue dans "N'oublie jamais", décelant chez elle cette rare combinaison de candeur solaire et de ténacité dramatique idéale pour le rôle de Lisa. Cillian Murphy a été choisi en raison du magnétisme troublant de ses grands yeux bleus, capables de passer en une seconde de la douceur séduisante à une cruauté glaciale et psychopathe absolue. Brian Cox a complété la distribution principale en apportant son expérience théâtrale rassurante au rôle du père menacé au sol. Ce trio d'acteurs talentueux a porté le projet avec brio.
Le long-métrage explore en profondeur la thématique de la paranoïa moderne liée à l'anonymat des transports publics où le danger peut s'asseoir juste à côté de vous sous les traits d'un homme charmant, ainsi que le passage forcé de la vulnérabilité traumatique à l'affirmation de soi combative. Il aborde les thématiques de la protection familiale poussée jusqu'au sacrifice personnel, du harcèlement psychologique en milieu clos sans issue possible, et du sang-froid managérial utilisé comme arme de survie contre la terreur criminelle. La cabine de l'avion devient le miroir de l'impuissance humaine face aux réseaux comploteurs.
La fin du film, d'un rythme haletant et frénétique, voit l'action basculer au sol après l'atterrissage à Miami où Lisa réussit à poignarder Jackson à la gorge avec un stylo dissimulé dans l'avion pour s'enfuir à toute vitesse. Une course-poursuite s'engage jusqu'à la maison de son père, où la jeune femme parvient à abattre le second tueur juste avant l'arrivée de Jackson, blessé mais enragé. S'ensuit un affrontement final d'une grande violence physique au cœur de la maison familiale, se concluant par la mort de Jackson Rippner abattu par le père de Lisa venu sauver sa fille. Les scènes finales montrent le soulagement du couple familial et la mise hors de danger du politicien grâce aux alertes opportunes de la directrice, réaffirmant le triomphe de l'intelligence ordinaire sur la machination terroriste. Le film se clôt sur le regard apaisé de Lisa reprenant le contrôle de son existence.
Le titre fait référence de manière sobre et évocatrice au nom officiel donné aux vols de nuit long-courriers dans l'aviation américaine, caractérisés par les yeux rouges de fatigue des passagers voyageant jusqu'au matin, tout en fonctionnant comme un double sens sur la fatigue nerveuse et la terreur nocturne subies par l'héroïne face à son bourreau. Il annonce immédiatement au spectateur l'ambiance feutrée, sombre et angoissante d'un thriller psychologique qui se déroule au milieu du sommeil des autres passagers indifférents. C'est un titre efficace qui capture l'essence du suspense nocturne.
Le film reste considéré au fil des ans comme l'un des thrillers les plus solides, les plus rythmés et les plus prenants de la décennie deux mille et s'impose comme une œuvre charnière démontrant la polyvalence de Wes Craven en dehors du cinéma d'horreur pur. Il fait régulièrement l'objet de rediffusions sur les chaînes de télévision thématiques et est salué par les cinéphiles pour l'excellence du jeu d'acteurs de son duo principal. Sa tension dramatique conserve une efficacité totale auprès des nouvelles générations.
Ce thriller psychologique en huis clos s'inscrira tout naturellement aux côtés d'œuvres de suspense moderne intenses comme "Panic Room" de David Fincher pour l'enfermement protecteur, ou "Phone Game" de Joel Schumacher pour le harcèlement mental par un inconnu. On peut également penser au film "Flightplan" avec Jodie Foster pour l'ambiance d'angoisse aéronautique contemporaine.