Entre 1968 et 1978, un tueur en série autoproclamé «Zodiac» terrorise la Californie, signant ses crimes par des lettres chiffrées adressées aux journaux. L'affaire hante trois hommes : le détective Dave Toschi, le journaliste Paul Avery et le dessinateur Robert Graysmith, dont l'obsession pour le Zodiac va consumer des années de vie sans jamais aboutir à une arrestation officielle. Un film policier qui reconstitue avec une précision documentaire l'une des enquêtes non résolues les plus fascinantes de l'histoire criminelle américaine.
Zodiac est adapté des livres «Zodiac» (1986) et «Zodiac Unmasked» (2002) de Robert Graysmith, le dessinateur du San Francisco Chronicle qui avait consacré deux décennies à enquêter sur le tueur. David Fincher, lui-même originaire de la Bay Area, avait été fasciné par cette affaire depuis son enfance. Il voulait faire un film radicalement différent de ses précédents thrillers — non pas un film sur le tueur, mais sur les hommes consumés par leur obsession à l'identifier. Le scénario de James Vanderbilt reconstruit minutieusement vingt ans d'enquête à partir de documents réels, de témoignages et des archives du San Francisco Chronicle et du SFPD. Fincher a imposé une rigueur documentaire totale — chaque détail, chaque date, chaque élément de décor a été vérifié contre les archives.
Résumé des critiques professionnelles : Zodiac a reçu un accueil critique exceptionnel, beaucoup le considérant comme l'un des meilleurs films de Fincher et l'une des grandes œuvres du cinéma policier américain contemporain. La presse a salué la rigueur documentaire, la construction narrative sur deux heures quarante-sept minutes qui ne perd jamais de vue son propos, et les performances d'un casting exemplaire. Avec le recul, le film a été encore mieux évalué, régulièrement classé parmi les chefs-d'œuvre de sa décennie.
Réception du public : Lors de sa sortie, le film a divisé — certains spectateurs attendaient un thriller plus conventionnel et ont été déstabilisés par son rythme et son refus de résoudre l'enquête. Avec le temps, le public l'a réévalué très positivement. Il a rapporté 84 millions de dollars au box-office mondial.
Récompenses obtenues : Zodiac a été plusieurs fois en tête des classements de fin d'année de la critique américaine, notamment pour le National Board of Review et le New York Film Critics Circle. Jake Gyllenhaal et Mark Ruffalo ont reçu de nombreuses citations.
Inspirations du réalisateur : David Fincher a fait de ce film un projet quasi-personnel — il a grandi dans la Bay Area pendant les années où le Zodiac sévissait et conserve un souvenir précis de la peur qui régnait. Il voulait retranscrire non pas le glamour du crime mais la banalité terrifiante d'une enquête qui n'aboutit jamais.
Difficultés de production : Fincher a tourné Zodiac entièrement en numérique — l'une des premières grandes productions hollywoodiennes à faire ce choix. Cette décision, contestée par certains membres de l'équipe technique, lui permettait une liberté de tournage et de nombre de prises qui correspondait à sa méthode de travail méticuleuse.
Anecdote sur une scène particulière : La reconstitution du meurtre du lac Berryessa — filmée en plein jour, dans un silence presque documentaire — est souvent citée comme la scène la plus terrifiante du film. Fincher a délibérément choisi de ne pas utiliser les codes habituels de la mise en scène horrifique pour rendre cette violence encore plus insupportable.
Zodiac est une réflexion profonde sur l'obsession — comment une affaire non résolue peut consumer des années, voire une vie entière, de ceux qui s'y consacrent. Le film explore la limite entre enquête et manie : à partir de quel moment la recherche de la vérité devient-elle une pathologie ? La frustration de l'enquête sans résolution est le cœur émotionnel du film — Fincher refuse le happy end conventionnel du genre policier. La Californie des années 1970 comme espace d'une innocence perdue est aussi un thème central.
La fin de Zodiac voit Graysmith identifier un suspect — Arthur Leigh Allen — sans jamais pouvoir le prouver judiciairement. Allen meurt en 1992 sans avoir été officiellement inculpé. La toute dernière scène, où un survivant du Zodiac reconnaît formellement Allen comme son agresseur des années après les faits, est le seul moment d'une résolution partielle que Fincher s'autorise — et ce moment est filmé avec une sobriété bouleversante.
Zodiac est simplement le nom que le tueur s'était lui-même attribué dans ses lettres aux journaux — une référence aux signes astrologiques qu'il intégrait dans ses cryptogrammes. En choisissant ce titre, Fincher ne centre pas son film sur la police ou les journalistes mais sur la créature qui les obsède — celle dont l'identité réelle reste, aujourd'hui encore, officiellement non établie.
Zodiac continue d'être régulièrement réévalué et placé parmi les grandes œuvres du cinéma américain des années 2000. L'affaire du Zodiac reste officiellement non résolue, même si plusieurs suspects ont été identifiés avec des degrés de certitude variables. Le film est disponible sur les plateformes de streaming et en VOD. David Fincher a depuis réalisé The Social Network (2010), Gone Girl (2014) et Mank (2020).
Zodiac est souvent rapproché de Memories of Murder (2003) de Bong Joon-ho — autre grand film sur une enquête non résolue menée sur des années. Dans la filmographie de Fincher, Seven (1995) et The Girl with the Dragon Tattoo (2011) explorent des territoires criminels comparables. Mindhunter (série Netflix co-produite par Fincher) prolonge le même intérêt pour les tueurs en série et les méthodes d'enquête.