En Haïti, en 1962, un homme est ramené à la vie par sorcellerie vaudou et envoyé de force travailler dans l'enfer des plantations de canne à sucre. Cinquante-cinq ans plus tard, au prestigieux pensionnat de la Légion d'honneur en région parisienne, Mélissa, une adolescente haïtienne, confie à ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. Sans le savoir, elle va provoquer chez l'une d'entre elles, Fanny, en proie à un chagrin d'amour, des sentiments aussi imprévisibles que dangereux. Le récit entrelace ainsi deux époques et deux continents autour de l'héritage du vaudou haïtien.
L'idée de départ de Zombi Child remonte à plusieurs années avant le tournage, lorsque Bertrand Bonello a noté sur un carnet deux simples mots, « Zombi, Haïti », après avoir entendu parler de ce pays par le réalisateur Charles Najman, qui y avait tourné le documentaire Royal Bonbon. Le film s'inspire de l'histoire réelle de Clairvius Narcisse, un Haïtien qui aurait été drogué, déclaré mort en 1962, puis contraint de travailler comme esclave dans les champs de canne à sucre après avoir été « ressuscité » par des pratiques vaudou. Ce cas avait déjà inspiré un film de Wes Craven, L'Emprise des ténèbres, mais Bertrand Bonello a choisi une approche radicalement différente, refusant le film de genre classique au profit d'un récit éclaté entre deux époques. Pour construire son scénario, le cinéaste s'est nourri des références de George A. Romero, spécialiste du film de zombies, ainsi que du classique Vaudou de Jacques Tourneur datant de 1943. Après deux films aux budgets conséquents, Saint Laurent et Nocturama, Bertrand Bonello souhaitait revenir à un projet plus modeste, tourné rapidement et avec des moyens limités. Sa fille Anna l'a par ailleurs aidé à moderniser les dialogues des adolescentes du pensionnat, jugés initialement trop datés.
Le film a suscité l'enthousiasme du public lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2019, la presse saluant la manière dont Bertrand Bonello explore brillamment la culture vaudoue, de ses origines haïtiennes jusqu'à ses résonances contemporaines dans un pensionnat de jeunes filles françaises. Certains critiques ont souligné le caractère théorique et parfois clinique de la mise en scène, tout en reconnaissant que l'absence de vedettes et la modestie du budget apportaient au film une simplicité et une dimension de série B assumée qui s'accordait bien avec son sujet. Le public s'est montré plus partagé, certains spectateurs saluant l'audace narrative du film, d'autres le jugeant confus ou trop théorique dans sa manière d'entrelacer les deux récits. Le film a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2019, une reconnaissance importante pour ce projet au budget resserré.
Bertrand Bonello a choisi d'orthographier le mot « zombi » sans « e » final, expliquant que l'orthographe américaine « zombie » ne correspondait pas à la figure originelle du zombi haïtien, profondément ancrée dans l'histoire et la culture du pays. Comme pour plusieurs de ses films précédents, le réalisateur a fait appel à de jeunes actrices largement inconnues pour incarner les pensionnaires du récit contemporain. Il a également offert un petit rôle à l'historien et professeur du Collège de France Patrick Boucheron, qui interprète le professeur d'histoire du pensionnat. Le tournage a débuté fin 2018 en France, notamment à Paris et dans la maison d'éducation de la Légion d'honneur à Saint-Denis, avant de se poursuivre en Haïti dès janvier 2019 pour les scènes se déroulant en 1962.
Zombi Child explore l'héritage colonial et culturel du vaudou haïtien, entre exploitation historique et fascination contemporaine, ainsi que les mécanismes d'appropriation culturelle par de jeunes Européennes en quête de sensations fortes. Le film interroge également l'identité, le déracinement et la transmission familiale des secrets, ainsi que la frontière ténue entre croyance, superstition et manipulation.
À la fin du film, Fanny, bouleversée par un chagrin d'amour, se rend en secret à une cérémonie vaudou dans l'espoir insensé de récupérer son ex-petit ami grâce à la magie que lui a confiée Mélissa. Cette tentative de détournement occidental d'une pratique spirituelle haïtienne tourne mal et se conclut sur une note trouble et inquiétante, sans résolution rassurante. Bertrand Bonello referme ainsi son récit sur l'idée que la fascination superficielle pour une culture que l'on ne comprend pas peut avoir des conséquences aussi imprévisibles que dangereuses.
Le titre Zombi Child fait référence directe au personnage de Clairvius Narcisse, transformé contre son gré en zombi selon la tradition vaudou haïtienne au début du film. Il renvoie également, de façon plus métaphorique, au parcours de Mélissa, l'adolescente haïtienne du récit contemporain, prise entre deux mondes et deux cultures, ainsi qu'à celui de Fanny, elle-même « possédée » par son obsession amoureuse.
Les amateurs de Zombi Child pourront se tourner vers Vaudou de Jacques Tourneur, référence assumée du film, ou vers L'Emprise des ténèbres de Wes Craven, qui traite également du cas réel de Clairvius Narcisse. Nocturama et Saint Laurent, les deux films précédents de Bertrand Bonello, permettent aussi de mieux cerner la démarche singulière du réalisateur.